Josué Gaboriaud et Marseille, le bonheur d’un peintre moderne!

Josué Gaboriaud (1883-1955) travaillera avec Maurice Denis qui remarqua son talent précoce dès les années 1900, et qui le fait exposer aux côtés des plus grands peintres: Degas, Renoir, les Nabis…

Cette peinture, datée 1927, est un splendide témoignage du grand art de ce peintre moderne, que l’on peut associer aux autres peintres et courants de l’école de Paris des années 1920.

Josué Gaboriaud

Josué Gaboriaud, les quais du port, Marseille », 1927,

huile sur papier marouflée sur toile, signée et datée en bas et à droite,

81 x 100cm

Vendu-Sold

Cette toile figura dans l’exposition collective de février 1927 à la Galerie Varenne aux côtés d’oeuvres d’Utrillo, Vlaminck, Camoin, Clairin, Oudot, Verdilhan, Asselin…

Son service militaire accompli, le jeune Gaboriaud est présenté à Maurice Denis qui réside à Saint-Germain-en-Laye, comme lui. Il souligne : « c’est peut-être ce détail qui le décida en ma faveur ». Sur cette période d’apprentissage très féconde, existent quelques pages manuscrites de Gaboriaud. Ces souvenirs ont un intérêt majeur parce qu’ils recoupent des faits bien connus de l’histoire de l’art qui sont passionnants à retrouver, racontés par un des protagonistes.

« La première fois que j’entrai dans l’atelier de Maurice Denis, il me reçut di-rectement devant Le Talisman : c’était le tout petit tableau que Sérusier avait peint sous la direction de Gauguin. Denis l’avait encadré lui-même avec un morceau de planche travaillée par lui au couteau de poche.‘‘– Si tu vois un jaune devant, dit Gauguin, choisis le plus beau de ta palette qui puisse lui correspondre.’’Et ma foi, il faut bien reconnaître que Le Talisman avait de la gueule ; ça se tenait. C’était bien et c’était une définition nouvelle. Maurice Denis était venu me chercher sur un chantier où je lessivais un bal-con avant de le gratter et de reboucher au mastic. Il fallait vivre et je travaillais pour un peintre en bâtiment.Vous pensez bien que travailler dans l’atelier d’un jeune Maître du moment avait pour moi une valeur inestimable. Denis me mit rapidement au courant de ce qu’il attendait de moi. C’était très simple, facile en somme. Je gagnais ma vie dans des conditions heureuses et j’avais la chance énorme de bénéficier des conseils d’un homme d’esprit très cultivé et bon patron. Quels souvenirs! …Denis s’occupait beaucoup de moi, sans en avoir l’air. Il étalait devant moi les collections de photos rapportées d’Italie et aussi les collections faites par Druet de l’œuvre de Cézanne et de Gauguin ; il me faisait la leçon et quelle leçon ! j’ai rencontré d’abord Denis et c’est par lui que j’ai connu tous les autres. Il m’est impossible de raconter les souvenirs, qui parfument encore ma vie,sans commencer par lui qui me fit découvrir Sérusier, Gauguin, Cézanne et me fit entrer dans l’amitié de Roussel, Vuillard, Bonnard et Maillol ».

En 1903, Josué Gaboriaud, qui a tout juste vingt ans, grave et offre à Maurice Denis une lithographie représentant un Village breton où l’on reconnaît le cloisonnisme et les aplats de couleurs du style Nabi. Il lui dédicace, avec la ferveur du disciple plein de gratitude : « Au maître Maurice Denis ». A Genève, au musée du Petit Palais on peut voir une peinture de même facture : Bretonnes à Pont-Aven.

De Belay, prodige de la peinture moderne.

Pierre De Delay
Pierre de Belay, « le mas »,
huile sur toile, signée en bas et à gauche, datée 1940, 50 x 61cm

Vendu-Sold

L’artiste de Quimper Pierre De Belay (1890-1947) partage sa vie entre Paris et son pays natal, la Bretagne. Grand représentant de la peinture bretonne, il fréquente dans les années 1920 les artistes de Montparnasse. Témoin privilégié grâce à son amitié avec Max Jacob qu’il rejoint dès 1905 et qui l’introduit auprès des avants-gardes au Bateau-Lavoir.

Cette peinture date de 1940, du début de la technique du « Treillisme », que l’artiste vient de mettre au point. Installé dans le Sud de la France, il peint ici une magnifique bastide provençale, cézanienne dans l’âme, mais dont la technique découle de traits plus ou moins longs entrecroisés et se chevauchant.

Cette dernière manière de peindre de Pierre De Belay prend ses sources dans le divisionnisme et dans la pratique de la gravure. L’artiste rend le trait plus épais ou plus fin, joue des écartements pour exprimer les volumes et les plans, exprimant les vibrations colorées. Un autre maître de la peinture bretonne!

La curiosité et la passion pour le réel, sa manière de capter des expressions fugitives sur les visages font de Savigny de Belay un reporter de son temps. En juillet 1933, éclate l’affaire Stavisky qui a mené à une crise politique à la suite du prétendu suicide de l’homme d’affaires. Il assiste au procès dont il dessine de nombreux croquis (scène d’audience, plaidoiries, etc.). L’artiste note dans ses carnets les visages des accusés, les mimiques des jurés, les attitudes des avocats, dans un esprit proche de la caricature.

En 1937, il peint Une pêche au chalut pour l’Exposition universelle de Paris. Savigny de Belay voyage aussi beaucoup en Belgique où il retrouve l’atmosphère changeante et animée des petits bourgs bretons. Il rencontre à Ostende, James Ensor (1860-1949), peintre qui se veut aussi indépendant que lui. C’est à ce moment (1939) qu’il invente le « treillisme » – une technique proche de la gravure (qu’il pratique depuis 1926) –, un entrecroisement de traits qui donne une certaine profondeur à ces œuvres. Il en fait une exposition à Paris en 1943. Peu à peu, il reprend la tradition classique. À partir de 1940 il séjourne dans le midi. En 1947, il retourne à Ostende où il monte une exposition avec James Ensor. C’est là qu’il meurt d’une crise cardiaque.

Jean Julien Lemordant, maître de la peinture bretonne

Jean-Julien Lemordant nous dévoile dans ce dessin rehaussé toute l’importante place qu’il a dans l’histoire de la peinture bretonne. La force et la simplicité du sujet est traité ici par un dessin ferme et synthétique.

Il s’agit d’un dessin au fusain rehaussé de blanc, signé au crayon gras rouge en bas et à droite. Il mesure 63,8 de hauteur par 48,6cm de large. (Vendu-Sold)

Jean Julien Lemordant nous transcrit dans cette oeuvre l’image du rude acteur de la tragédie marine: un marin engoncé dans son vêtement s’avance à pas lourds.

L’on peut rapprocher ce dessin de l’esquisse d’ensemble pour Le Port, scène constituant l’un des thèmes de la décoration de l’hôtel de l’Epée  à Quimper, vers 1907-1908.

Superbe pièce de Jean Julien Lemordant, car il nous montre l’importance du dessin, de l’esquisse, qui dévoile déjà l’ampleur de ce grand nom de la peinture bretonne.

Ancien élève de l’École régionale des beaux-arts de Rennes où il est le condisciple de Camille Godet, Pierre Lenoir et Albert Bourget, Jean-Julien Lemordant perd la vue durant la Première Guerre mondiale, en durant la Bataille de l’Artois, mais la recouvre en 1935.

Peintre de la Bretagne et de la mer, on l’a qualifié parfois de « fauve breton », quoiqu’il ait travaillé surtout à Paris. Sa palette très colorée est une de ses principales qualités et il sait admirablement représenter les mouvements des hommes, les danses, mais aussi ceux de la mer, du vent, de la pluie. Son œuvre principale demeure la grande décoration que lui commanda le maire de Rennes, Jean Janvier, pour décorer le plafond du théâtre, aujourd’hui Opéra. Réalisée avec une grande rapidité, l’œuvre fut mise en place en 1914. Elle représente une danse bretonne endiablée aux multiples personnages. On connaît au moins 60 études préparatoires à cette grande composition, le musée des Beaux-Arts de Rennes en conservant certaines. Signalons aussi le décor conçu, sur le thème général de la Bretagne, pour l’hôtel de l’Épée à Quimper. Menacé de disparition lorsque l’hôtel ferma en 1975, il fut acquis par le musée des beaux-arts de Quimper, mais le manque de place ne permit de l’exposer qu’après rénovation complète du musée en 1993.

Une étude de Jean-Julien Lemordant retrouvée!

Il est parfois des rencontres heureuses, qui nous amènent à redécouvrir des oeuvres oubliées, tel ce jour de mars 2015, où chez Mr X., derrière une porte de débarras, un grand cadre retourné attire mon attention. Sur l’invitation du propriètaire, dégageant l’accès, je suis surpris du poids du cadre et après un rapide nettoyage, je découvre cette magnifique esquisse de ce grand artiste que fut Jean-Julien Lemordant (1878-1968).

Jean Julien Lemordant

Il s’agit de l’une des grandes études pour la décoration du plafond du théâtre de la ville de Rennes.  En 1912, le maire de Rennes Jean Janvier lui commande le plafond du théâtre : Lemordant y peint une farandole bretonne dans laquelle hommes et femmes, mains nouées, bras balancés, tutoient les nuages. Ce décor audacieux, loin des fadaises de bretonnerie, est inauguré par le président Poincaré à Rennes, le 1er juin 1914. Ses peintures, d’une étonnante puissance d’expression, donnèrent un nouvel élan au traitement des thèmes bretons.

Le sujet de la composition qui doit orner le plafond de la salle de spectacle est une danse bretonne dans laquelle figurent les costumes, les plus beaux et les plus variés de la Bretagne. Cette magnifique étude à la gouache mesure 56cm de haut par 90cm de large, et date de 1912-1913. Il s’agit de l’une des premières grandes études des premiers personnages de cette danse, et il est à noter que le personnage central de cette étude est une femme, et que celle-ci sera remplacée par un homme dans le projet final.

Décor du plafond tel que visible actuellement:

Jean Julien Lemordant Rennes

Henri Barnoin, le peintre de Concarneau

Henri Barnoin
Henri Barnoin, le port animé de Concarneau,
huile sur toile, 1920, 38cm x 46cm, signée en bas et à gauche

Vendu-Sold

« Coqueluche » des ventes publiques de peintures bretonnes, Henri Barnoin  (1882-1940) fréquente Concarneau dès les années 1912-1913. Il va n’avoir de cesse d’être le peintre de Concarneau, représentant la vie du port cornouaillais sous tous ses aspects: le retour ou le départ des pêcheurs, le déchargement des bateaux, l’attente sur les quais…

Peintre de Concarneau, la ville était à cette époque toute entière axée sur la pêche, dont l’animation de son port était sans cesse renouvelée, et en même temps, un grand atelier à ciel ouvert, où les artistes travaillaient parfois au coude à coude devant le motif.

Dans cette toile, Henri Barnoin nous peint cette animation du port de Concarneau: des bateaux amarrés au quai Pénéroff, des petits groupes de personnages répartis ici et là, et pour toile de fond, l’entrée de la Ville Close, sous un ciel presque bleu, sont autant de motifs de séduction pour cet artiste et son art.

Henri Barnoin fut l’élève de Dameron, de Richemont et de Luc-Olivier Merson, à l’école des Beaux-Arts de Paris. Exposant au Salon des Artistes Français, il y reçut une mention honorable en 1909, une médaille d’argent en 1921, en devint sociétaire, reçut une médaille d’or en 1935 et fut classé hors concours en 1939.

Ses sujets de prédilection étaient des paysages, des marines et des scènes de la vie bretonne. Henri Barnoin fréquente Concarneau dès les années 1912-1913.

Ayant sa galerie-atelier sur le quai Pénéroff, il est le témoin privilégié de l’animation du port, qu’il ne se lasse pas de peindre et fait alors partie du groupe de Concarneau. On dénomme ainsi les nombreux peintres français et étrangers attirés par cette ville et sa région à la fin du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle.

L’artiste représente aussi des scènes portuaires à Douarnenez, Saint-Goustan, Lorient. Il est également le peintre de la foule des pardons et des marchés, à Quimper, Quimperlé, Hennebont, Dol-de-Bretagne et au Faouët.