Emile-René Ménard, dit René Ménard (1862-1930), élevé dans l’admiration de la Grèce antique, ne cessa jamais d’en évoquer la littérature et les paysages dans les nombreux décors qui lui furent commandés par l’Etat pour les monuments publics, après 1900.
Dès l’enfance, René Ménard est baigné dans un milieu artistique : Corot, Millet et les peintres de Barbizon fréquentent sa famille, le familiarisant avec la nature et le paysage ainsi qu’avec les sujets antiques. Son père, historien de l’art et directeur de la Gazette des Beaux-Arts, et son oncle, poète parnassien, lui transmettent une solide culture classique.
René Ménard étudie à l’Académie Julian à partir de 1880, après avoir été élève de Paul Baudry, William Bouguereau et Henri Lehmann. Connu pour ses paysages symbolistes et crépusculaires, il participe au Salon de la Sécession à Munich, et au Salon de la Libre Esthétique à Bruxelles en 1897. Plusieurs expositions personnelles lui sont consacrées à la galerie Georges Petit. Il est nommé professeur à l’Académie de la Grande Chaumière en 1904.
En 1921, René Ménard expose au Salon des Douze en compagnie d’Henri Martin et d’Edmond Aman-Jean. Des galeries de Buffalo et de Boston diffusent son art aux Etats-Unis. De nombreuses commandes de l’Etat couronnent sa carrière : le cycle pour les Hautes Etudes à la Sorbonne, la Faculté de Droit, la fresque Les Atomes pour l’Institut de Chimie, ou encore pour la Caisse des Dépôts à Marseille.
Son art allie un classicisme rigoureux et clair à une facture diffuse et onirique. René Ménard, dont les nombreux paysages traduisent une quête d’idéal antique, puise ses sources chez Poussin, Claude Lorrain et Puvis de Chavannes. Son style évolue vers de vastes scènes de nature au fur et à mesure de sa carrière. Ses compositions sont peuplées de figures rêveuses inspirées par la mythologie ou l’Antiquité. Victor Soulier en 1894 dans L’Art et la Vie y trouvait « des visions d’une nature pacifiée, baignée d’aube et de crépuscule, où l’âme semble se retremper dans la candeur des aurores, et aspirer l’onction biblique qui découle des aurores ».
René Ménard a fréquenté la Bretagne, et plus particulièrement les bords de l’Odet, séjournant régulièrement chez son ami peintre Lucien Simon, à Sainte-Marine. Certaines de ses toiles prennent comme décor les rivages de la rivière Odet, prétexte pour y installer quelques sujets Mythologiques ou symbolistes. On connaît de lui ce portrait de Charles Cottet, avec comme décor de fond les barques sardinières et la Tour Vauban de Camaret (Paris, musée d’Orsay). Avec ce dernier, René Ménard a fait parti de la Bande noire, expression par laquelle la critique artistique désigne un groupe de cinq artistes qui se recommandent de Gustave Courbet et de la veine réaliste, et qui utilisent des couleurs sombres pour exprimer une forme de mélancolie, la rigueur et la crudité de la vie quotidienne. Leur peinture est une forme de réaction contre les tableaux très colorés du post-impressionnisme. La Bande noire réunit: Charles Cottet, René Ménard, Lucien Simon, André Dauchez, René-Xavier Prinet, auxquels ont peu associés Edmond Aman-Jean, Georges Desvallières, Jean-Louis Boussingault, Dunoyer de Segonzac, Luc-Albert Moreau.
René Ménard, au crépuscule,
huile sur toile, signée en bas et à gauche « E R Ménard », 63cm x 85cm
Vendu-Sold
On sent bien dans cette oeuvre également, l’influence des paysages des bords de l’Odet que l’artiste a choisi comme décor à cette scène pastorale.
Mathurin Méheut (Lamballe 1882 – 1958) fut élève de l’école des Beaux-Arts de Rennes. Il obtient la bourse « Tour du monde » qui lui permit de peindre à Hawaï et au Japon . Peintre de la Marine, chevalier de la Légion d’honneur.
Mathurin Méheut s’est spécialisé dans la représentation de la vie laborieuse, de la flore et de la faune de Bretagne. Il a publié plusieurs ouvrages avec planches. On lui doit aussi des céramiques, il occupera d’ailleurs le poste de directeur artistique des faïenceries Henriot à Quimper en 1937. Il exécute aussi des cartons de mosaïques et de vitraux.
Il a décoré plusieurs paquebots et pétroliers. Il a exécuté des décorations murales: Exposition des arts décoratifs de 1925; immeuble Heinz à Pittsburgh en 1930; Exposition coloniale en 1931; Exposition internationale de 1937…
Son oeuvre est un témoignage incomparable de la vie en Bretagne dans la première moitié du XXème siècle. On ne compte plus les nombreuses expositions à Paris et en Province, notamment l’une des dernières au Musée de la Marine à Paris en 2013. Il a son propre musée dans sa ville natale de Lamballe.
Il s’agit dans cette oeuvre d’une représentation des marins pêcheurs dans leur quotidien, de ces barques sardinières du début du vingtième siècle qui peuplaient les côtes du Sud Finistère. Ici, devant les puissants remparts de la Ville Close de Concarneau, les hommes sont de retour de pêche. Les uns s’affairent autour des filets bleus caractéristiques de cette période; en effet, les filets de pêche étaient teintés par le bleu de la tannée afin d’être moins visibles dans l’eau. Au centre de la composition, un pêcheur prépare dans la barque la fameuse « cotriade », soupe du marin préparée directement sur le bateau avec le produit de la pêche du jour. A droite de l’oeuvre, un marin fait avancer la barque à la godille, cet aviron à la fois propulsif et directionnel placé à l’arrière d’un bateau.
Mathurin Méheut a tout vu, tout noté, les gestes des pêcheurs, le poids des barques. Animé d’un profond respect pour ce qu’il voit, Mathurin Méheut sait aller au-delà du documentaire pour faire une oeuvre aboutie. Les pêcheurs sont solidement campés dans leur embarcation, et l’artiste a su donner une savante définition du groupe dans l’espace.
Mathurin Méheut a très vite adopté l’huile à la caséine pour la production notamment de grandes compositions. En effet, de part ses recherches décoratives, c’est tout naturellement que Mathurin Méheut s’est tourné vers l’utilisation d’enduits à la caséine qui conviennent mieux à la matière de l’huile mate. Voulant retrouver cette matité chère aux impressionnistes, Mathurin Méheut utilise ici dans cette composition cette technique, qui oblige l’artiste à peindre plus clair et dans une gamme plus vive.
Mathurin Méheut ancre dans son oeuvre les thématiques qu’il répètera à l’infini: les hommes au travail ou dans leur environnement, la mer, la nature, la Bretagne… Il apparaît donc comme le peintre des réalités quotidiennes. Cette composition en est la preuve formelle.
On retrouve tout ce qui caractérise l’oeuvre de Mathurin Méheut, à savoir le traitement particulier des couleurs, jouant parfois sur la monochromie comme sur la polychromie. L’unité plastique de l’oeuvre présentée repose sur la bichromie choisie: une gamme froide de gris-bleu, une gamme chaude d’ocres et de bruns, qu’il utilise fréquemment dans ses compositions aussi bien à la gouache qu’à la caséine.
On peut louer dans cette oeuvre la schématisation des silhouettes, le jeu des proportions et des masses, ainsi que l’effet de puissance qui en résulte: ceci est caractéristique du travail de Mathurin Méheut, spécifiquement dans ses grands formats. Il joue sur l’effet d’éloignements ou de rapprochements successifs, entre le premier plan des barques et l’arrière plan des murailles de la Ville Close de Concarneau.
Bibliographie:
–Dictionnaire des peintres, Bénézit, Ed Gründ, 1999, Tome IX, p.441
–Mathurin Méheut, Ed Chasse Marée, 2001
–Dictionnaire des peintres français de la mer et de la marine, JN.Marchand, 1997
Thierry Baïze, né en 1946, nomade en photographie, peinture, écriture, musique et sociologie.
Formateur en entreprises, Thierry Baïze enseigne la peinture et la musique depuis trente ans dans diverses structures publiques et privées : écoles de musique et écoles maternelles, St Hanlet, St Hamm, Mélodie7…
Thierry Baïze a exposé ses peintures à diverses reprises, dans le cadre d’expositions collectives et individuelles: Festival d’Art Contemporain Nancy, Press Club de France Paris, Centre Mondial de la Paix Verdun, Faculté Nanterre Paris X, Saint Germain en Laye, Galerie Point Bleue à Paris, Elf Aquitaine La Défense
Différentes expositions de photographies jalonnent son parcours: Expo Bleue Château de Kerhuel, Journées du Patrimoine (2009), Prises de Rues I Galerie Julie Prisca Paris (2012), Prises de Rues II Galerie Brugal à Asnières sur Seine (2012), Première Nuit de la photographie contemporaine (Octobre 2013).
Artiste aux multiples talents et ressources, Thierry Baïze est également un écrivain. Nous pouvons citer de lui son roman « Les Galets », un essai « La Muse et le Poète », mais aussi « A12C4 », essai coécrit avec Emilie Lebon aux éditions du Manuscrit (2008), des nouvelles « Tréguier/Ploumanach » aux éditions du Fou de Bassan (2007/2008), des nouvelles illustrées » Le Fou des Airs » (2012), le « Voilier des Rêves » (2013), le roman à La Maison de ma Tante (2013).
Thierry Baïze est aussi un scénariste: « Porz Nouar », réalisation Jean Marie Boulet Film en 3D – Jean Dréville (archives inédites) et une exposition à la Galerie Minds Eyes.
Nous présentons ici quelques oeuvres de Thierry Baïze, de la série « Prises de rues ».
Ces oeuvres sont disponibles à la vente. Ce sont des tirages d’art contrecollé sur plaque d’aluminium (procédé Dibond) de très haute qualité. Tirage limité et numéroté, avec certificat de l’artiste.
Pour toute demande, veuillez nous contacter à l’adresse suivante: sv.brugal@orange.fr
Stéphane Brugal, 2018 (extrait du catalogue raisonné de l’oeuvre gravé d’André Dauchez paru en 2018 – ISBN: 978-2-9564449-0-9)
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Portrait d’André Dauchez par le peintre Hugues de Beaumont, 1933
André Dauchez (1870-1948) a consacré sa vie à la peinture. Il y a trouvé le bonheur de vivre, en artiste discret mais avec une passion débordante et une foi toujours intacte. Cet article a pour but de mettre en lumière une partie essentielle de son oeuvre, à savoir l’art de la gravure, et plus particulièrement la technique de l’eau-forte, dont il devint l’un des grands représentants de cette première moitié du XXème siècle, tant dans son travail original que dans ses travaux d’illustrateur.
Les grands circuits marchands et les cénacles qui font l’histoire de l’art ont oublié André Dauchez. Victime de la modernité attendue et espérée de l’immédiat après-guerre, il disparaît dans une période de renouveau, où l’on rejette facilement la culture régionale, les coutumes et le mode de vie des anciens. Le public se tourne vers les nouvelles générations d’artistes issus des courants de l’abstraction ou du nouveau réalisme. Il faut cependant affirmer qu’André Dauchez appartient à l’histoire de l’art, à l’histoire de ces artistes peintres-graveurs, de ces artistes qui ont oeuvré pour le rayonnement de l’art dans leur pays et à l’étranger. Il appartient aussi à l’histoire de la peinture en Bretagne, car c’est bien lui qui a su le mieux traduire ces paysages cornouaillais, et percevoir l’intimité de ces grèves et de ces champs. Il a parcouru la Bretagne en perçant son âme, sachant la restituer d’une manière magistrale dans son oeuvre!
André Dauchez, eau-forte, Moulin de Lesconil, 1904, (56-04)
La formation et les débuts de graveur
Issu d’une famille de juristes et notaires, André Dauchez devait suivre, tout naturellement à cette époque, ses études jusqu’au baccalauréat et ensuite obtenir sa licence de droit, voyant ainsi son avenir professionnel tout tracé. C’est ce qu’il fit mais c’était sans compter les prédispositions pour les arts graphiques qu’André Dauchez montra très tôt. Il aimait crayonner! Ses dessins d’enfance ne sont que soldats, mousquetaires, toréadors et autres personnages directement influencés par l’oeuvre de Gustave Doré.
Tout en poursuivant ses études le jeune André fut encouragé dans la voie de l’art par sa mère, qui trouva la solution auprès de Gaston Rodriguez. Cet artiste-graveur avait son atelier dans le quartier Montparnasse, et le jeune André devait suivre son enseignement de 1885 à 1887. Gaston Rodriguez fut un excellent professeur, il apprit à Dauchez la minutie et la lenteur dans la taille de la planche, prenant tout son temps pour travailler une petite surface de cuivre. Cette studieuse et laborieuse méthode apporta au jeune homme la capacité de tout voir et de tout transcrire, lui apprenant peu à peu à différencier ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas.
Ayant appris ainsi à ne rien délaisser, l’artiste va s’autoriser à simplifier. Son art se libérera ainsi de la reproduction pure pour tendre vers des simplifications d’une extraordinaire liberté, distinguant le trait indispensable ou la valeur utile. André Dauchez n’abandonnera plus jamais ce mode d’expression, maniant avec une grande dextérité la technique de l’eau-forte. Dauchez débuta dans la gravure un peu comme tout le monde par des planches de reproductions. En 1887, son professeur Gaston Rodriguez l’autorise à présenter au Salon des Artistes Français une marine qu’il vient de graver d’après un tableau d’Eugène Isabey. C’est un premier succès pour le jeune homme de 17 ans qui reçoit à cette occasion les encouragements de ses pairs. Entre les années 1887 et 1893, André Dauchez continue son travail de graveur à l’eau-forte par l’illustration de menus ou de carnets de bal, et la réalisation d’oeuvres de reproductions. On peut citer parmi ces dernières:
Un étudiant de Salamanque au XVIIIème siècle, d’après Nicolas Megia Marques, 1888, présenté au Salon de la Société des Artistes Français
La source, d’après Ingres, paru dans le journal « L’Art », 1889
Une rue de Morlaix, d’après Lennard-Lewis, 1889, présenté au Salon de la Société des Artistes Français
Troupeau de moutons, d’après Charles Jacques, 1890
La bataille de Wagram, d’après Horace Vernet, 1891
Le bain de l’Alhambra, d’après Léon Comerre, 1892
Portrait de Mme Aubry-Lecomte, d’après Lucien Simon, 1893
André Dauchez, eau-forte, la baie de Douarnenez, 1916,(223bis-16)
Les influences
Quelles sont les influences qui alimentèrent l’oeuvre gravé d’André Dauchez? Il suffit d’ouvrir les cartons d’estampes que l’artiste possédait pour voir que l’une des principales sources ou du moins l’oeuvre la plus représentée fut celle de Rembrandt. Nous savons qu’il avait acquis les principales reproductions et regardait souvent les gravures de ce dernier. De l’étude approfondie du maître, André Dauchez a su tirer l’art de faire valoir la lumière d’un paysage. Par la justesse des valeurs, qui vont conférer au blanc du papier toute sa lumière, Dauchez élabore certains noirs profonds qui évoquent Rembrandt. Il va ainsi maîtriser son art de peintre-graveur, tout en élaborant un style Dauchez, un style propre né d’un esprit d’invention conjugué à la vérité de ses dessins qui inspirèrent les gravures.
André Dauchez possédait également des oeuvres de Jacob Van Ruysdael, l’un des plus grands paysagistes hollandais du XVIIème siècle, et l’un des plus « modernes » au regard de la période. Dans les cartons d’estampes d’André Dauchez nous trouvons également certains de ses contemporains et souvent amis comme Georges Gobo, Raoul André Ulmann, Albert Decaris, Charles Jouas, Pierre-Louis Moreau…
André Dauchez, eau-forte, Pins à la Pointe de Combrit, 1921, (253-21)
L’affirmation de l’artiste
Il y a deux éléments distincts qui vont permettre à André Dauchez de se débarrasser des incertitudes que souvent les artistes connaissent en début de carrière, et l’éloigner à la fois d’un style aride au sortir des « écoles » et d’une banalité « académique » qui aurait vite fait d’étouffer sa propre sensibilité.
Le premier élément est la découverte en famille de la Bretagne et notamment du Sud-Finistère. Dès la fin des années 1880, les Dauchez fréquentent Bénodet et ces périodes estivales vont contribuer au développement de la vocation picturale et maritime du jeune André. La découverte de cette Bretagne côtière, de la baie de Douarnenez à Belle-Ile-en-Mer, lui suscitera ainsi ses meilleures planches.
Le deuxième élément est sans nul doute les encouragements et les conseils de ses proches, dont les artistes Emile-René Ménard et Lucien Simon. Ce dernier, marié à sa soeur Jeanne depuis 1890, cohabitera durant les mois d’été avec les autres membres de la famille Dauchez à Bénodet. De cette cohabitation va découler une forte émulation entre les deux hommes, qui vont se consacrer à la représentation de cette Bretagne, celle des environs de Bénodet et particulièrement du pays Bigouden. En 1903, André Dauchez s’installe chez lui, dans cette maison-atelier de la « palue du Cosquer », sur la commune de Loctudy, dans le Sud-Finistère. Cette maison devient le creuset artistique du peintre, trouvant toujours de nouveaux motifs sur la côte ou dans l’intérieur du pays entre l’embouchure de la rivière Odet et la pointe de Penmarc’h.
André Dauchez, eau-forte, les grands pins sur l’Odet, 1921, (257-21)
Le sujet: la Cornouaille bretonne
André Dauchez n’est pas venu en Bretagne et plus particulièrement en Cornouaille, par effet de mode. Il n’est pas l’un de ces artistes qui fuyant le progrès industriel, voulait partir à la recherche de coutumes anciennes et de pittoresques. Il n’était pas emprunt d’un sentiment de nostalgie et ne recherchait pas des lieux fréquentés par d’autres artistes formant « colonie ». C’est plus qu’un heureux hasard qui amena la famille Dauchez à fréquenter les bords de l’Odet. Heureux hasard, car le charme de la rivière a opéré. Séduit et influencé par les lignes et la force des paysages, André Dauchez, tel un vrai portraitiste, va réussir à transcrire les nombreux visages de cette Cornouaille finistèrienne.
Pour l’Académicien et ami André Chevrillon, André Dauchez « il a étudié, déchiffré le visage de la terre bretonne…les images qu’il nous présente ont la qualité spirituelle qu’un artiste psychologue sait donner à ses portraits. L’oeuvre d’André Dauchez compose le portrait le plus expressif et le plus fidèle de la Bretagne »[1]. C’est donc à partir de la fin de l’année 1893, et pour plus d’un demi-siècle, qu’André Dauchez va trouver une source inépuisable d’inspiration dans les paysages du littoral cornouaillais: landes, dunes, villages de pêcheurs, estuaires et anses bordées de pins, bords de côtes et de rivières, rochers à marée basse, immenses paysages où la terre est seule avec le ciel, furent ses motifs préférés. Ses oeuvres ont une vigueur merveilleuse, ces observations à l’eau-forte, spontanées, puissantes et simplifiées, nous dévoilent l’excellent graveur et le grand dessinateur qu’il était.
Encouragé par son beau-frère Lucien Simon, André Dauchez se met à la peinture sérieusement dès 1895, peignant de belles et fortes compositions, souvent issues directement de ses croquis, la couleur intervenant comme un remplissage des surfaces dessinées. Ce travail lui permet de participer aux grands salons parisiens et d’accéder ainsi à la reconnaissance et à la notoriété. Vers 1902-1904, André Dauchez revient vers l’eau-forte qu’il affectionne, technique à laquelle il paraît vouloir se consacrer avec le plus de joie. L’eau-forte est par excellence la façon de graver des peintres. Son procédé est le plus riche « en couleur et valeur », le mieux adapté à l’imagination picturale, et relativement aisé à son utilisation. D’une pointe fine et d’un acide mordant, André Dauchez exprime la force et la rudesse de cette Cornouaille bretonne, mais aussi son charme et sa diversité, tout ceci dans un style profondèment personnel.
C’est un peintre de plein air qui décrit finement les effets produits sur son âme par les arbres, les pierres et l’eau et qui sait faire valoir la lumière d’un paysage. André Dauchez présente souvent un premier plan constitué d’un bouquet d’arbres, d’un sentier, ou d’un plan d’eau, qu’il met en pleine valeur, tandis que dans le fond s’estompe le reste de la composition. Il y a là un contraste entre les noirs du premier plan et le blanc lumineux des perspectives. De ces oppositions saisissantes d’ombres et de lumière, André Dauchez fait ressortir d’un trait nerveux le découpage des arbres, la physionomie d’un rivage, dans lequel l’on sent vibrer la vie. Il discerne à chaque moment les effets différents produits par l’ombre, par le soleil ou par le vent qui bouleversent sans cesse l’apparence d’un paysage. Il interprète les heures qui transforment l’atmosphère, les nuages, les rochers et la mer. D’où l’importance notamment des croquis préparatoires à une planche, réalisés pour un même point de vue à différentes heures de la journée. L’artiste va même jusqu’à indiquer parfois sur ceux-ci les heures où elles ont étaient produites.
Devenu graveur dans les années 1890, André Dauchez ne délaissera donc plus jamais ce mode d’expression, travaillant dans la continuité, tant sur le plan de la technique (l’eau-forte) que sur celui du thème (les paysages bretons) et plus particulièrement le thème du mariage de la terre et de l’eau. Continuité dans la vision, puisque tout au long de son oeuvre on retrouve le même sens de la composition qui lui permet de dégager l’essentiel, une recherche identique de la lumière qui éclaire chacune de ses planches, et la même rigueur dans le dessin qui donne tant d’intensité à son oeuvre.
André Dauchez, eau-forte, branche sur l’eau, 1905, (72-05)
Conclusion
Il nous faut citer en guise de conclusion ce que pouvait affirmer André Saglio dès l’année 1907 : « Ces estampes-là sont l’essence même du talent de l’artiste: elles résument la science la plus hardie du dessin de paysage et la sensibilité artistique la plus subtile. Il faut souhaiter qu’elles soient toutes réunies dans une exposition accessible à la foule: beaucoup alors apprendront que les ouvrages les plus colorés ne sont pas toujours ceux qui sont peints, et ce jour-là André Dauchez aura toute la grande réputation qu’il mérite. »[2]
La publication du catalogue raisonné de l’oeuvre gravé d’André Dauchez mettra en pleine lumière, pour le grand public, le nom et l’oeuvre d’un artiste d’une réelle sensibilité, d’un incontestable talent, resté trop longtemps dans l’ombre.
André Dauchez, eau-forte, thoniers à marée basse, 1930, (465-30)
Les Honneurs:
André Dauchez est promu Chevalier de la Légion d’Honneur en 1911, puis Officier en 1932.
Il est nommé peintre Officiel de la Marine en 1922.
Il est élu Président de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1931.
Il est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts, section Gravure, en 1938.
Quelques participations aux Salons et autres expositions:
Salon des Artistes Français: 1887-1888-1889
Société Nationale des Beaux-Arts: à partir de 1894 il est sociétaire – 1922, il devient membre du Comité – de 1931 à 1936 il devient Président de la SNBA en remplacement de Forain.
Société des Peintres-Graveurs
Société Française de l’Illustration
Salons français de Nantes – Lyon – Quimper – Roubaix – Strasbourg – Dijon.
Salons à l’étranger: Pittsburgh (il est membre du jury à l’Institut Carnegie en 1920) – Munich – Bruxelles – Budapest – Barcelone – Gand – Karlsruhe – Montréal – Belgrade.
Expositions personnelles ou collectives dans les galeries françaises: Art Français – Georges Petit – Marcel Guiot – Berthe Weill – Devambez – l’Art Décoratif – Charpentier.
Stéphane Brugal – 2015
[1] Chevrillon André, André Dauchez, Drogues et Peintures, n°57,à Paris, Laboratoire Chantereau, coll Innothéna, 1948.
[2]André Saglio, André Dauchez, Les Arts Décoratifs, n°109, octobre 1907, pp.121 – 129.
Michel Cadoret (Paris 1912 – 1985) fut un peintre de portraits, de natures mortes, de cartons de tapisseries, et illustrateur, de tendance abstraite.
Après des études dans l’atelier de Lucien Simon à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, entre 1929 et 1932, puis à celle des Arts Décoratifs de Düsseldorf, Michel Cadoret voyage en Egypte, en Amérique du Sud, aux Antilles.
De 1950 à 1953, Michel Cadoret passe trois ans au Mexique où il exécute des fresques, au village de Erongaricuaro. Il vécut tantôt à Paris, tantôt à New York et continuant à voyager, notamment en Amérique Latine. Il a participé de 1934 à 1936 au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de Paris; en 1939 au Salon des Tuileries; à partir de 1947 au Salon de Mai; aux Etats-Unis, en Allemagne, en Autriche. A partir de 1953, de nombreuses expositions personnelles à New York et Paris. En 1959, l’artiste peint des cartons de tapisseries à New-York, Dallas, Caracas. Il a aussi illustré plusieurs ouvrages, notamment en 1960, La Passoire à conneries, avec ses amis Marcel Duchamp et Edgard Varèse.
Son expression, bien que se référant à un thème pris dans la réalité, tend vers une abstraction, inspirée de Klee, de Kandinsky, puis de Riopelle. Lorsqu’il partage son travail entre New York, le Mexique et Paris, sa manière devient non figurative, s’exprimant d’abord en de fines compositions linéaires, ensuite dans une écriture impulsive aux rythmes mélodiques ou syncopés.
Michel Cadoret, composition, technique mixte
Vendu-Sold
Bibliographie: –Dictionnaire des peintres, Bénézit, Ed Gründ, Tome III, p.91-92 –Michel Cadoret, exposition rétrsopective, 1974, Saint-Germain-en-Laye –L’Ecole de Paris, 1945-1965, Dictionnaire des Peintres, Lydia Harambourg, Ides &Calendes