Une étude de Jean-Julien Lemordant retrouvée!

Il est parfois des rencontres heureuses, qui nous amènent à redécouvrir des oeuvres oubliées, tel ce jour de mars 2015, où chez Mr X., derrière une porte de débarras, un grand cadre retourné attire mon attention. Sur l’invitation du propriètaire, dégageant l’accès, je suis surpris du poids du cadre et après un rapide nettoyage, je découvre cette magnifique esquisse de ce grand artiste que fut Jean-Julien Lemordant (1878-1968).

Jean Julien Lemordant

Il s’agit de l’une des grandes études pour la décoration du plafond du théâtre de la ville de Rennes.  En 1912, le maire de Rennes Jean Janvier lui commande le plafond du théâtre : Lemordant y peint une farandole bretonne dans laquelle hommes et femmes, mains nouées, bras balancés, tutoient les nuages. Ce décor audacieux, loin des fadaises de bretonnerie, est inauguré par le président Poincaré à Rennes, le 1er juin 1914. Ses peintures, d’une étonnante puissance d’expression, donnèrent un nouvel élan au traitement des thèmes bretons.

Le sujet de la composition qui doit orner le plafond de la salle de spectacle est une danse bretonne dans laquelle figurent les costumes, les plus beaux et les plus variés de la Bretagne. Cette magnifique étude à la gouache mesure 56cm de haut par 90cm de large, et date de 1912-1913. Il s’agit de l’une des premières grandes études des premiers personnages de cette danse, et il est à noter que le personnage central de cette étude est une femme, et que celle-ci sera remplacée par un homme dans le projet final.

Décor du plafond tel que visible actuellement:

Jean Julien Lemordant Rennes

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Henri Barnoin, le peintre de Concarneau

Henri Barnoin
Henri Barnoin, le port animé de Concarneau,
huile sur toile, 1920, 38cm x 46cm, signée en bas et à gauche

Vendu-Sold

« Coqueluche » des ventes publiques de peintures bretonnes, Henri Barnoin  (1882-1940) fréquente Concarneau dès les années 1912-1913. Il va n’avoir de cesse d’être le peintre de Concarneau, représentant la vie du port cornouaillais sous tous ses aspects: le retour ou le départ des pêcheurs, le déchargement des bateaux, l’attente sur les quais…

Peintre de Concarneau, la ville était à cette époque toute entière axée sur la pêche, dont l’animation de son port était sans cesse renouvelée, et en même temps, un grand atelier à ciel ouvert, où les artistes travaillaient parfois au coude à coude devant le motif.

Dans cette toile, Henri Barnoin nous peint cette animation du port de Concarneau: des bateaux amarrés au quai Pénéroff, des petits groupes de personnages répartis ici et là, et pour toile de fond, l’entrée de la Ville Close, sous un ciel presque bleu, sont autant de motifs de séduction pour cet artiste et son art.

Henri Barnoin fut l’élève de Dameron, de Richemont et de Luc-Olivier Merson, à l’école des Beaux-Arts de Paris. Exposant au Salon des Artistes Français, il y reçut une mention honorable en 1909, une médaille d’argent en 1921, en devint sociétaire, reçut une médaille d’or en 1935 et fut classé hors concours en 1939.

Ses sujets de prédilection étaient des paysages, des marines et des scènes de la vie bretonne. Henri Barnoin fréquente Concarneau dès les années 1912-1913.

Ayant sa galerie-atelier sur le quai Pénéroff, il est le témoin privilégié de l’animation du port, qu’il ne se lasse pas de peindre et fait alors partie du groupe de Concarneau. On dénomme ainsi les nombreux peintres français et étrangers attirés par cette ville et sa région à la fin du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle.

L’artiste représente aussi des scènes portuaires à Douarnenez, Saint-Goustan, Lorient. Il est également le peintre de la foule des pardons et des marchés, à Quimper, Quimperlé, Hennebont, Dol-de-Bretagne et au Faouët.

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Mathurin Méheut, témoin des métiers bretons

C’est en 1944 que paraît le livre  Vieux Métiers bretons  illustré de 350 dessins de Mathurin Méheut (1882-1958), et écrit par Florian Le Roy. C’était un sujet pour lequel Méheut était très engagé, car dès 1913 il annonce lors de sa première exposition à Paris qu’un ouvrage sur les métiers bretons est en préparation. Fils d’artisan, Méheut pressentait l’importance de transcrire ces savoir-faire menacés par l’industrialisation et c’est en véritable ethnologue qu’il agit ainsi en Bretagne notamment.

C’est donc un sujet qui revient sans cesse entre les deux-guerres sous le crayon de l’artiste, travaillant sur ce thème sans relâche et au cours de ses différents voyages à travers la Bretagne.

Mathurin Méheut

Il s’agit ici d’une grande gouache de Mathurin Méheut (48 x 63cm), représentant dans un sous-bois, l’atelier de sabotiers où l’on peut voir les différentes étapes de fabrication et les gestes ancestraux de ces travailleurs du bois, des ces « vieux métiers bretons ». (Vendu-Sold)

Dans cette Bretagne, ses choix vont au pittoresque inhérent à une province où la modernisation est à peine entamée : les pêcheurs au travail, leurs maisons, les artisans, leurs outils et leurs techniques. Très conscient que cette civilisation est appelée à disparaître à plus ou moins brève échéance, il s’est donné pour mission de rassembler sur le vif les modes de la vie quotidienne. La beauté et la diversité des costumes le passionnent particulièrement. Pour les observer, les occasions privilégiées qu’il recherche sont les foires et marchés, les pardons, surtout ceux qui rassemblent les pélerins de diverses régions. Le Folgoët, Locronan, Sainte-Anne-la-Palud le voient souvent revenir. Il peut y saisir l’évolution des costumes traditionnels en se désolant de leur disparition progressive.

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Milcendeau, des figures qui vivent comme la réalité!

Originaire de Vendée, Charles Milcendeau (1872-1919) fut élève de Gustave Moreau et se lie avec Matisse grâce auquel il connut une période fauve.

Il revient très vite à la description des personnages, notamment de Bretagne et du Pays bigouden, avec de superbes portraits exécutés à l’huile ou au pastel. Ici, avec cette jeune fille de Pont l’Abbé en costume de fête, on apprécie dans son dessin « l’aigu de l’expression »; il nous peint des figures qui vivent comme la réalité!

Charles Milcendeau

Charles Milcendeau, « la jeune bigoudène en costume », gouache sur carton, 15,5cm x 11,5cm, signée et datée 1913 en bas et à gauche

Vendu-Sold

Ce provincial, profondément attaché à sa région natale (le Marais vendéen), choisira comme sujet d’inspiration le monde paysan. Véritable défenseur de la ruralité et de ses traditions, il s’inscrit dans les courants régionalistes qui sont nés dans la Bretagne voisine mais également au Pays basque.

Ainsi, il peut être rapproché de l’œuvre d’artistes tels que Charles Cottet ou Lucien Simon d’une part, et Zuloaga d’autre part ; c’est même certainement l’école basque qui lui est la plus proche. C’est d’ailleurs avec un basque espagnol, Francisco Iturrino qu’il découvre l’Espagne et plus particulièrement la région de Salamanque, accomplissant plusieurs longs séjours dans la petite cité de Ledesma, s’attachant comme en Vendée à peindre le petit peuple castillan. Il se lie d’amitié avec Miguel de Unamuno.

Le musée Milcendeau est installé dans son atelier à Soullans (Vendée). On trouve des oeuvres de Milcendeau dans les musées des Sables-d’Olonne, de Bagnols-sur-Cèze, Nantes, Bruxelles, Moscou, Bucarest.

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Henri Maurice Cahours: sur la cale.

Henri Maurice Cahours (Paris 1889-1954)

sur la cale, huile sur panneau, signée en bas et à droite, 21,5×26,5cm

Vendu-Sold

Maurice Cahours

Henri Maurice Cahours a exposé au Salon des Artistes Français depuis 1920, obtenant une deuxième médaille en 1937, puis au Salon des Artistes Indépendants de 1922 à 1942, et à celui de la Société Nationale des Beaux-Arts depuis 1939.
Arrivé sur la Butte Montmartre en 1911, Henri Maurice Cahours a habité la Maison de Mimi Pinson et se consacra à la peinture. En 1916, Henri Maurice Cahours se maria, par procuration, avec Hélène, fille du sculpteur Frédéric Debon.
Après la guerre, le couple s’installa rue Berthe, dans le studio de Pissarro, et fit alors connaissance avec tous les peintres de la Butte ; c’était aussi l’année du début de ses séjours à Douarnenez.

La galerie Terrisse lui organisa une exposition en 1923, ainsi que la galerie Georges Petit, dirigée par André Schoeller, en 1930 et 1931. Henri Maurice Cahours exposa dans de nombreuses villes de province jusqu’en 1942, année du décès de sa femme, il cessa alors de montrer ses oeuvres pendant plusieurs années.
Il était cependant présent à l’exposition itinérante « Montmartre en Algerie », en 1948, organisée par Madeleine Horst, avec les peintres, anciens et récents, de la Butte, qui se renouvela en 1951, sous le titre « Montmartre de jadis à aujourd’hui ». Dans les années 20, Henri Maurice Cahours fut nommé directeur des Beaux-Arts de la Commune Libre du Vieux-Montmartre. A ce titre, il a été associé à la création de la cité dite « Montmartre aux Artistes », au 189 de la rue Ordener. Le succès venu, il s’installa dans la maison-atelier du 2bis, rue Cortot ; cette adresse figure dans le catalogue du Salon des Indépendants, où il exposa, en 1928, deux oeuvres « les Brûleurs de goémon (Notre-Dame de la Joie) », et « Bénédiction de la mer à Douarnenez », ainsi que dans celui du Salon des Artistes Français en 1930, où il présenta deux vues de Pouldavid. Peintre dans la lignée de Marquet, il s’était consacré aux marines bretonnes ; il a peint aussi les vieilles rues de Montmartre. Henri Maurice Cahours fut nommé peintre officiel de la Marine le 7 mars 1942.
Le 13 décembre 1965, il s’était remarié avec Albertine Perrier (née le 4 avril 1926, décédée le 10 juin 1994), qu’il avait connu au « Grenier », chez Fred Bretonnière ; elle se faisait appeler Catherine ; celle-ci afin de préserver une santé mise à mal dans les caboulots de la Butte, le poussa à se retirer dans le Midi. Il transforma l’ancienne prison de l’Evèché de Vence, construite au XVe siècle, en atelier, où il continua à peindre, dans la même tonalité, des marines de Bretagne.

Bibliographie:

Dictionnaire des peintres, Bénézit, Ed Gründ, 1999, Tome III, p.101

-Angelo Mistrangelo: Henri Maurice Cahours

–  La Route des peintres en Cornouaille, 1998, Quimper

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